Jacques Fitamant, l’ingénieur agro-alimentaire devenu éditeur est aussi un bon gestionnaire ! Le repreneur d’Ar Men a redressé la barre du magazine mythique en quelques mois. Sans bruit, avec des méthodes désormais bien rôdées, assises sur la rigueur, les économies d’échelle, la rationalisation, et…bien sûr, la passion.
"Je suis un commercial dans l'âme et j'ai toujours eu du goût pour le business et le marketing" reconnaît cet ancien de l'ESA d'Angers, remodelé au Management général par l'Essec. Mais l’homme gère surtout ses affaires au "feeling".
"C'est une question d'opportunité", avance-t-il. D’opportunité…et de temps. Opiniâtre, Jacques Fitamant est un guetteur qui laisse se décanter les choses. C'est ainsi qu'il vient de renoncer momentanément à un projet pour reprendre, parce que l'occasion s'en est présentée, l’agence Dausset (création) de Quimper. " Je souhaitais de toute façon intégrer cette fonction " souligne-t-il
Le virus de l’entreprise ? Ses quelques séjours aux Etats-Unis n'y sont pas étrangers. Il en effectua plusieurs, comme étudiant puis dans le cadre de ses fonctions de dirigeant de filiales de grandes entreprises (Cargill, Royal Canin...).
Alors qu'il considérait être devenu assez mature pour se lancer, il apprend que la Revue de l'Alimentation animale est à vendre. Il ne connaît rien à l'édition mais sait tout du milieu dont traite le magazine. "J'ai appris très vite: la publicité, la gestion, la rédaction, les abonnements…" se souvient-il. Il augmente le chiffre d'affaires et diminue les charges. "J'ai travaillé de façon artisanale, mais cela a marché tout de suite". Et les initiatives s'enchaînent: un annuaire des professionnels, une régie publicitaire (Gédéon) à Brest en 1996…le pli est pris. Jacques Fitamant se met en chasse de nouveaux titres. Il vise les niches intéressant un public de passionnés et reprend Biofil en 1999 et trois mois plus tard "Elevage laitier". En 2001 Etatech (Vitré) (rebaptisé Entrepreneurs des territoires) et le salon conjoint des entrepreneurs de travaux agricoles, rejoignent le groupe. 2003 c’est le tour d’Ar Men. Vouées à l'origine, au monde agricole, les Editions Fitamant se rééquilibrent désormais vers d'autres univers. Ce n’est pas le fruit du hasard : " nous savons que dans les dix années qui viennent, le secteur agricole va décliner" analyse le dirigeant.
"Je n'ai pas de nécessité impérieuse de développer l'entreprise" assure pourtant ce quadragénaire dont le PC domine la plage de Telgruc (29). J'ai eu d'autres occasions de reprendre des titres, mais ils ne me plaisaient pas. Je suis pragmatique, j'analyse les opportunités, je les compare aux savoir-faire de l'entreprise".
Indépendant de caractère, il mène son affaire avec le même esprit: une holding, une garde rapprochée où chaque entreprise est relativement autonome et… une volonté de ne pas trop grossir pour continuer à prendre du plaisir !